122 Guignard/Acteurs non-gouvernementaux et le Protocole de Maputo le Protocole de Maputo comme une protection des femmes contre les abus de pouvoir de l’État, ils y voient également un dispositif de médiation des relations de genre entre individus. Dans cette perspective, le Protocole additionnel est appréhendé comme devant permettre de réaliser l’égalité entre les sexes, ou du moins, le respect par les États membres des engagements dans ce domaine: ‘Les droits ne sont plus seulement un vocabulaire d’affirmation, ils deviennent un moyen de l’égalité’.50 Pour la coalition de cause, le Protocole tient une place particulière au sein des instruments qui peuvent contribuer à réformer les législations discriminatoires, et en premier lieu, au niveau des États membres de l’UA. Par exemple, dans un contexte où le principe d’égalité entre les hommes et les femmes est formellement inscrit dans la constitution, la militante et juriste djiboutienne Zeinab Kamil Ali soutient que ‘la ratification du Protocole mettra les mécanismes constitutionnels en action et où ils sont absents, il rendra possible leur mise en place’.51 Les associations engagées dans la mobilisation juridique souhaitent en outre qu’il soit suivi d’un processus de domestication au niveau national. Sur le moyen terme, la mise en œuvre du Protocole est ainsi conçue comme un moyen d’adopter des mesures législatives en faveur de l’égalité entre les sexes, et d’abolir les législations discriminatoires contre les femmes. En utilisant le droit comme un moyen de promouvoir leur émancipation, les associations affichent leur foi en la capacité du droit à aider les groupes sociaux désavantagés. C’est ce qu’illustrent les propos de Faiza Jama Mohamed, directrice d��Égalité maintenant: la signature, la ratification et la mise en œuvre du Protocole de Maputo auront un effet considérable sur les droits des femmes sur un continent qui a historiquement vu les femmes porter le poids du fardeau de la pauvreté, de l’exclusion et des guerres.52 À plus long terme encore, les membres de la coalition SOAWR appréhendent le Protocole de Maputo comme un moyen d’établir une jurisprudence. Dès 2004, notant que la CADHP n’a jamais été saisie d’une plainte relative aux droits des femmes, la commissaire Rapporteure spéciale sur les droits des femmes avait émis le vœu de voir des membres de la coalition SOAWR se spécialiser dans les litiges judiciaires, tant au niveau régional que national.53 Cet instrument doit ainsi apporter des orientations et des précédents pour les tribunaux nationaux. Plus important encore, le Protocole doit offrir aux femmes une réelle voie de recours au niveau régional et permettre à la 50 PY Baudot & A Revillard L’État des droits: politique des droits et pratiques des institutions (2015) 17. 51 A Zeinab Kamil ‘A plea for ratification’ African Voices on Development and Social Justice (2004) 162 Pambazuka News 104 (traduction de l’auteure). 52 FJ Mohamed ‘11 years of the African Women’s Rights Protocol: progress and challenges’ (2014) 57 Development 71 (traduction de l’auteure). 53 Melo ‘NGOs and the UN’ in Watch my agenda, (juin 2007) 2 GIMAC Newsletter 21 http://www.genderismyagenda.com/Gender_is_My_Agenda_Newsletter_June2007. pdf (consulté le 25 juin 2017).

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