118 Guignard/Acteurs non-gouvernementaux et le Protocole de Maputo aucun Protocole n’est entré en vigueur aussi rapidement’.36 Les obstacles à sa mise en œuvre apparaissent cependant très importants, notamment en raison de la faiblesse des moyens institutionnels au niveau national mais aussi du contexte du pluralisme juridique existant en Afrique. Mais son entrée en vigueur n’en constitue pas pour autant un jeu à somme nulle. En effet, par des mécanismes d’appropriation, différents acteurs s’en prévalent pour revendiquer des droits violés par les États, faisant naître de nouveaux combats politiques au niveau national. Dès son adoption, l’espace d’action et de mobilisation autour du Protocole s’élargit aux militants des organisations de femmes non juristes qui font de sa mise en œuvre un enjeu. D’un outil technique entre les mains d’experts, le Protocole devient dès lors une ressource pour de nombreuses organisations de défense des droits des femmes. Comme l’ont mis en évidence les approches en termes de coalition de cause,37 toutes les membres de SOAWR partagent des valeurs et des idées qui constituent des dimensions cruciales de l’élucidation des liens entre adhésion à la cause commune et but poursuivi: l’entrée en vigueur, puis la mise en œuvre du Protocole. Elles la défendent au sein de différents espaces afin ‘de l’imposer à l’agenda public pour contraindre les autorités publiques à l’inscrire à l’agenda gouvernemental [en] appelant une décision’.38 4 USAGES DU DROIT POUR L’ÉGALITÉ DANS L’ESPACE TRANSNATIONAL AFRICAIN (2005 A AUJOURD’HUI) Avec son entrée en vigueur en 2005, le Protocole de Maputo, de ressource potentielle, devient une ressource actuelle dont les acteurs peuvent se prévaloir dans l’espace transnational africain. L’approche en termes de coalition de cause, qui met en avant leurs fonctions d’intermédiation sur le long terme, est particulièrement opérante pour conceptualiser les modalités d’action de SOAWR pour influencer les processus politiques au niveau national dans le but de favoriser la mise en œuvre du Protocole de Maputo. Douze ans plus tard, SOAWR s’est en effet pérennisée et ses objectifs se sont étendus à sa promotion, sa vulgarisation et sa domestication. Parce qu’un nombre plus large d’actrices se rend compte que ce Protocole contient les germes d’une amélioration de la vie des femmes et d’une réduction des injustices de genre sur le continent africain, la coalition s’est également élargie. 36 Entretien avec le directeur du bureau du conseiller juridique de la Commission de l’UA (1999-2011), Nairobi, 21 mars 2015. 37 CM Weible & PA Sabatier ‘A guide to the advocacy coalition framework’ in F Fischer, GJ Miller & MS Sidney (eds) Handbook of public policy analysis (2006) 123. 38 L Boussaguet et al Dictionnaire des politiques publiques (2004) 40-49.

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