(2017) 1 Annuaire Africain des Droits de l’Homme
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Dans la déclaration qu’elle avait faite lors du pré-sommet de la
troisième Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement qui s’était
déroulé à Addis-Abeba du 28 au 29 juin 2004, la Coalition y avait
exhorté ‘les États membres à signer et à ratifier le Protocole d’ici la fin
2004 et à appuyer le lancement de campagnes publiques en vue de la
sensibilisation sur l’importance de ce Protocole pour assurer son entrée
en vigueur en 2005.’30 Lors de la quatrième session ordinaire de
l’assemblée de l’UA de janvier 2005 à Abuja, les organisations de
femmes coalisées parviennent alors à l’adoption d’un ‘accord
consensuel’. Tout en ‘gardant à l’esprit les efforts de l’UA pour assurer
la visibilité de la machinerie du genre,’31 les auteurs de cet accord
réprouvent ‘ceux qui n’ont pour l’instant mené aucune action dans ce
sens’.32
Lors de cette même conférence des chefs d’État, la coalition adopte
des stratégies de plaidoyer reposant sur le ‘blame and shame’33 avec la
remise de cartons jaunes, verts ou rouges aux autorités
gouvernementales selon l’avancement de leur pays respectif dans la
ratification du Protocole: ‘à l’entrée de la salle de conférence où doivent
passer les chefs d’État, on brandissait nos drapeaux verts (pour les
États qui avaient ratifié), un drapeau jaune (pour les États qui avaient
signé mais n’avaient toujours pas ratifié) et un rouge (pour ceux qui
n’avaient fait ni l’un ni l’autre)’.34
Les associations lancent en outre une campagne téléphonique de
textos intitulée ‘text now 4 women’s rights’ ainsi qu’une pétition en
ligne pour demander aux États africains de ratifier le Protocole. Elles
publient également des articles en faveur de la ratification dans
l’hebdomadaire en ligne Pambazuka.35
En manifestant de cette façon, ces militants de la cause du
Protocole n’attendent rien à court terme des institutions panafricaines,
dont leur sort ne dépend pas directement puisque celles-ci sont
tributaires des systèmes nationaux. Ils le font en grande partie pour se
rendre visibles dans l’espace africain, afin de pouvoir faire davantage
pression sur les gouvernementaux nationaux. Cette stratégie se révèle
payante sur le plan formel, puisque, le 25 novembre 2005, le Protocole
entrera finalement en vigueur après sa ratification par 15 États
membres de l’UA. Le directeur du bureau du conseiller juridique d’alors
explique que: ‘ce qui a été vraiment unique avec ce Protocole, c’est la
vitesse à laquelle il est entré en vigueur. Dans toute l’histoire de l’OUA/
UA,
30
FAS, ‘ Contribution des femmes africaines à la déclaration sur l’intégration de la
perspective genre’ dans l’UA’,http://www.genderismyagenda.com/campagne/
actes_fran/4_declaration_ethiopie.pdf (consulté le 12 novembre 2016).
31
FAS, ‘Accord consensuel d’Abuja’, http://www.genderismyagenda.com/campagne/
actes_fran/5_accord_consensuel_abuja.pdf (consulté le 12 novembre 2016).
32
FAS (n 31 ci-dessus).
33
WLF Felstiner et al ‘The emergence and transformation of disputes: naming,
blaming, claiming’ (1980) 15 Law & Society Review 631.
34
Entretien avec une militante de la coalition SOAWR, Banjul, 20 mars 2014.
35 Regroupés dans l’ouvrage SOAWR Not yet a force for freedom: the Protocol on the
Rights of Women in Africa (2004) Pambazuka News 162