(2017) 1 Annuaire Africain des Droits de l’Homme 111 modèle déroulé dans la notice du Dictionnaire Genre et Science politique, où la mise à l’agenda est décrite comme ‘une des séquences de l’action publique où la participation d’acteurs issus de la société civile est la plus visible’.13 Dans notre étude de cas, les ‘faiseuses d’agenda’14 ne sont pas à proprement parler les associations de femmes et la mise à l’agenda d’un tel Protocole ne s’est pas faite ‘par la mobilisation’.15 L’émergence de la mobilisation se situe à l’approche de l’adoption du texte finalisé. 2.1 La conception et l’élaboration du Protocole, une affaire de spécialistes L’idée de créer un Protocole spécifiquement dédié aux droits des femmes trouve son origine dans la multiplication des espaces de rencontres entre militants pour l’égalité des sexes, plus spécifiquement le forum des organisations non gouvernementales (ONG) organisé depuis 1993 avant chaque session de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Les ONG, dont plusieurs associations de défense des droits des femmes, comme Women in Law and Developement/ ‘Femme, Droit et Développement en Afrique’ (WiLDAF/FeDDAF),16 sont de plus en plus nombreuses à avoir accès au forum. Ainsi, de 29 en 1990 (création), elles sont passées à 140, fin 1994. Lors du forum des ONG de mars 1995 qui se tient à Lomé, ce réseau régional panafricain organise - en collaboration avec la Commission Internationale des Juristes (CIJ) ainsi qu’avec la première femme à être élue commissaire à la CADHP, Madame Vera Duarte Martins - un séminaire de deux jours sur ‘la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et les droits de la femme africaine’. Il rassemble 44 participants venus de 17 pays africains. À l’occasion, la question s’était posée de savoir s’il fallait procéder à un amendement ou à une révision de la Charte africaine ou s’il fallait adopter un Protocole supplémentaire ou optionnel à la Charte. Le contexte d’alors avait fait pencher la balance en faveur de la seconde option. En effet, l’adoption par l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) d’un Protocole additionnel sur les droits et le bien-être de l’enfant en 1990 et la rédaction en cours, à cette époque, d’un Protocole additionnel portant création d’une Cour africaine, avaient constitué des preuves que les projets de Protocole additionnel pouvaient aboutir. Il s’y ajoutait l’idée 13 C Achin & L Bereni ‘Agenda/mise à l’agenda’ in C Achin & L Bereni Dictionnaire genre & science politique, concepts, objets, problèmes (2013) 57. 14 M Rabier ‘Entrepreneuses de cause. Contribution à une sociologie des engagements des dirigeantes économiques en France’ (2013) Thèse de doctorat en Sciences de la société EHESS. 15 Achin & Bereni (n 13 ci-dessus). 16 Cette organisation, constituée en 1990, a pour objectif de promouvoir une culture du respect des droits des femmes en Afrique et de porter ainsi les intérêts des femmes de tout le continent. L’organisation s’est développée et comprend aujourd’hui des membres dans 23 pays. Voir le site web de l’organisation : http://www.wildaf-ao.org/ (consulté le 3 février 2017).

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