(2018) 2 Annuaire africain des droits de l’homme
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de respecter la souveraineté des États.54 Cette règle connaît une
atténuation lorsque les voies de recours internes connaissent une
prolongation anormale, de manière à éviter se muent en une entrave
formelle à la mise en œuvre de la justice internationale. L’importance
du principe est à juste titre mise en exergue par le juge Fatsah
Ouguergouz, car il se répercute sur l’effectivité des autres droits
garantis par la Charte africaine. En effet, selon le juge Ouguergouz:
la règle de l’épuisement des voies de recours internes fait du droit à un procès
équitable une sorte de droit charnière ou de droit pivot, un droit qui sert d’une
certaine manière d’interface entre les ordres juridiques internes et l’ordre juridique
international.55
Dès lors, la question est de savoir comment la Cour apprécie les voies
de recours internes à la lumière de tous ces facteurs et des enjeux,
d’autant plus qu’ils sont bien souvent entremêlés. Il s’agit de décrire
l’articulation entre la souveraineté des États laissant la place à la justice
internationale. Des prémices de réponses apparaissent avec l’affaire
Peter Joseph Chacha c. Tanzanie en date du 28 mars 2014. En l’espèce,
le sieur Chacha a introduit sept requêtes devant les juridictions
tanzaniennes en raison de six chefs d’accusation qui le visaient.56 La
qualification des infractions a changé à maintes reprises et plusieurs
requêtes introduites auprès des juridictions nationales ont été
rejetées.57 La Cour a conclu que les voies de recours internes n’ont pas
été épuisées. Le requérant ayant une possibilité de saisir la cour
suprême ne l’a pas fait. Cette conclusion intervient après avoir précisé
que la majorité des requêtes intentées sont restées pendantes devant la
haute cour de justice de Tanzanie de six mois à un an.58 En clair, les
recours internes sont ceux essentiellement d’ordre judiciaire. La même
position a été réaffirmée dans l’affaire Urban Mkandawire c. Malawi59
et dans l’affaire Tanganyika Law Society et the Legal and Human
Rights c. Tanzanie.60 Pour les juges Ngoepe, Akuffo, Thompson, Kioko
et Ouguergouz, l’appréciation ne peut se limiter à la possibilité d’un
recours judiciaire. Dans l’affaire Chacha c. Tanzanie, en plus du fait
que le requérant soit incarcéré tout au long du processus, d’où la
violation de la présomption d’innocence, le temps imparti entre
l’accusation en 2007 et l’acquittement définitif 2013, constitue un délai
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La souveraineté des États induit leur monopole, leur primauté sur l’appareil
judiciaire de leurs territoires respectifs. De ce fait, l’épuisement des voies de
recours internes permet de ne pas contourner sans cause la juridiction des États
au profit des juridictions internationales.
Opinion dissidente du juge F Ouguergouz (requête N°003/2012) para 13.
Chacha c. République-Unie de Tanzanie (requête N°003/2012, arrêt du 28 mars
2014) para 147. Il s’agit de requêtes en matière civile et criminelle. Elles ont été
introduites entre 2007 et 2011.
n 56, para 139.
n 56, para 148.
Mkandawire c. Malawi, requête N°003/2011, (arrêt du 21 juin 2013) para 38(1).
Tanganyika Law Society et the legal and Human Rights & Révérend Mtikila c.
République-Unie de Tanzanie, requêtes N°009/2011 & N°011/2011 (arrêt du
14 juin 2013) para 82(3).
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