(2017) 1 Annuaire Africain des Droits de l’Homme 123 Commission africaine et à la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples de faire respecter de manière effective les droits qui y sont reconnus. Les acteurs de la coalition de cause – qui se mobilisent aussi bien sur les scènes nationale que régionale – ne veulent pas que le Protocole reste tel quel. Ils entendent au contraire s’en servir à des fins sociales pour atteindre l’objectif d’amélioration du statut des femmes dans les pays où leurs actions se déploient et susciter des effets concrets, tels que des réformes législatives en faveur de l’égalité entre les sexes. On le voit, l’usage du Protocole de Maputo en tant que ressource correspond à une forme de mobilisation du droit comme instrument de changement social qui altèrerait les relations de pouvoir entre gouvernants et gouvernés. Ces acteurs appréhendent le droit régional comme un instrument de promotion et de protection des droits des femmes africaines qui réorganiserait les rapports de force, conformément à la façon dont le définissent Pierres Lascoumes et Patrick Le Galès dans leur ouvrage L’instrumentation de l’action publique, controverses, résistance, effets. Si l’on suit cette perspective, le Protocole de Maputo peut être associé à ‘un dispositif à la fois technique et social qui organise des rapports sociaux spécifiques entre la puissance publique et ses destinataires en fonction des représentations et des significations dont il est porteur’.54 Quand il fait l’objet de mobilisations transnationales, le droit peut être indissociablement objet (Protocole), vecteur (l’égalité hommes/ femmes par le droit) et objectif (la mise en œuvre du Protocole), même pour des organisations qui ne semblent pas avoir de liens directs avec la sphère juridique, ni s’intéresser à elle a priori. 5 CONCLUSION Cet article a présenté l’itinéraire du Protocole de Maputo, en distinguant trois grandes séquences renvoyant chacune à un état particulier de la mobilisation. La première partie, qui est dédiée à la conception et l’élaboration du Protocole (1995-2003), a montré que la production d’un texte juridique sur l’égalité hommes/femmes est d’abord un enjeu pour les professionnels du droit. Si les premières impulsions sont données par des femmes intellectuelles, juristes ou engagées dans les questions d’accès à la justice, cette première séquence donne à voir la transformation de la morphologie des mobilisations sous l’effet d’une implication croissante des associations. La deuxième partie, à partir de son adoption en 2003 jusqu’à son entrée en vigueur en 2005, s’est consacrée à la construction d’un espace militant pour la cause du Protocole de Maputo au niveau régional, porté notamment par la convergence d’associations au sein de la coalition SOAWR. Elle a analysé la façon dont le Protocole de Maputo, d’un objet juridique débattu de façon technique entre experts, se transforme en une ‘cause’ pour l’égalité entre les sexes. La troisième partie, de 2005 à 54 P Lascoumes & Y Le Galès (eds) Gouverner par les instruments (2004) 13.

Select target paragraph3