120 Guignard/Acteurs non-gouvernementaux et le Protocole de Maputo acquise qui doivent permettre à SOAWR de faire connaître et reconnaître le Protocole de Maputo: ‘il y a beaucoup de preuve qu’un lobbying efficace et approprié auprès de la société civile est un moyen efficace de faire pression sur les décideurs politiques’.44 Pour disséminer des connaissances à propos du texte, la coalition vise plus largement la société civile aux niveaux national et local. Selon les associations, seul un processus d’apprentissage de cet instrument juridique le rendra contraignant et permettra d’en jouir. Sans quoi, la fonction coercitive du droit ne peut fonctionner. En Gambie par exemple, la stratégie du Centre africain pour la démocratie et les études sur les droits de l’homme consiste à sensibiliser les chefs religieux ainsi qu’à s’appuyer sur des techniques de communications pour aider les personnes analphabètes à comprendre le Protocole: l’implication de communicants traditionnels (surtout des femmes) dans la composition de musique dans les langues locales a été utile pour disséminer l’information parmi les communautés rurales […]. En outre, la production de brochures, de posters et la traduction du Protocole dans les langues locales a engendré une meilleure connaissance de cet instrument dans l’ensemble de la population.45 Les membres de la coalition mettent à la disposition des associations nationales de défense des droits des femmes nationales l’information sur le Protocole de Maputo, par exemple en organisant des sessions de formation pour expliquer notamment la procédure de ratification. C’est aussi pour promouvoir le Protocole qu’ils utilisent les médias (radio, TV, journaux) et que l’organisation FEMNET produit une pièce radiophonique en collaboration avec la Compagnie nationale ‘Kenya Broadcasting Corporation’. Le plaidoyer peut également s’effectuer à distance par la mise en réseau et la création de mailing list qui font circuler du matériau militant: projets de lois, pétitions, slogans ... Dans les États qui l’ont ratifié, les membres de la coalition de cause font pression en repérant des violations du Protocole, tandis que pour ceux qui ne l’ont encore ratifié, ils élaborent une cartographie visant à énumérer de façon exhaustive les entraves à la ratification. On le voit, la spécificité de la mobilisation de la coalition de cause est qu’elle combine un répertoire protestataire (dénonciations, pétitions, interpellations publiques) à un ‘répertoire d’action’46 plus feutré qui renvoie à des stratégies d’influence des autorités politiques 44 Oxfam “Promoting Women’s Rights across Africa: Raising Her Voice – Pan Africa Effectiveness Review” (décembre 2013) 27 http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/ resources/er-promoting-women’s-rights-pan-africa-effectiveness-review-061213-en.pdf (consulté le 26 mai 2017) (traduction de l’auteure). 45 Oxfam “Promoting Women’s Rights across Africa: Raising Her Voice – Pan Africa Effectiveness Review” (décembre 2013), 18 http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/ files/resources/er-promoting-women’s-rights-pan-africa-effectiveness-review-061213en.pdf (consulté le 26 mai 2017) (traduction de l’auteure). 46 Le concept de répertoire d’action a été introduit en sciences politiques par Charles Tilly pour rendre compte de la rigidité relative des formes d’action populaire. Cinq facteurs pèseraient sur la disponibilité d’un moyen d’action dans une société donnée par un groupe donné : les standards de droit et de justice qui prévalent dans la population et rendent plus ou moins socialement acceptables différents types d’action collective, les routines quotidiennes de fonctionnement d’un groupe protestataire, l’organisation

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