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Guignard/Acteurs non-gouvernementaux et le Protocole de Maputo
communauté militante. L’ensemble de cette communauté forme à ce
moment-là une ‘coalition de cause’,26 entendue comme l’ensemble des
acteurs individuels et collectifs qui développent des activités
stratégiquement reliées entre elles afin de diffuser un socle de
revendications communes. Il s’agit de la coalition ad hoc ‘Solidarité
pour les droits des femmes africaines’ (SOAWR) qui s’est
spécifiquement créée autour de l’objectif de l’entrée en vigueur du
Protocole de Maputo. À la première assemblée générale de ladite
coalition, ‘Égalité maintenant’ est élue pour en assurer le secrétariat.
L’adoption du Protocole, en créant un contexte politique et
juridique favorable, est propice à ce que le militantisme de différentes
associations de promotion des droits des femmes du continent, aussi
diversifié soit-il, s’articule autour de l’enjeu commun de sa mise en
œuvre, qui dépend, dans un premier temps, de sa ratification par les
États.
3.2
Garantir l’entrée en vigueur ‘coûte que coûte’27 :
le rôle catalyseur des associations
L’adoption du Protocole de Maputo ouvre la possibilité d’une nouvelle
voie de recours au droit, au niveau régional. Dans cette perspective, le
recours au droit cesse ainsi d’avoir des ancrages exclusivement
nationaux pour en appeler aux institutions régionales.
Afin que le Protocole puisse entrer en vigueur, la coalition tente de
légitimer le texte auprès des dirigeants politiques, notamment lors des
sommets bi-annuels de l’UA. Ainsi, évoquant les bénéfices tirés de ces
pré-sommets, une membre de WiLDAF/FeDDAF affirmait: ‘On a pu
mieux cerner les dirigeants politiques qui nous soutiendraient pour
l’adoption du texte, mais aussi qui seraient capables d’en influencer
d’autres (…). Il y avait avec nous Thabo Mbeki, alors président de l’UA,
et Abdoulaye Wade’.28 Les sommets de l’UA permettent également de
communiquer directement avec les chefs d’État sur une base régulière
pour les rappeler constamment à leurs engagements, ‘car quand on les
interpelle dans leurs bureaux au niveau national, ils disent ‘oui, oui’ et
dès qu’on est parti, ils balayent cela d’un revers de main.’29 Ainsi,
l’accès aux espaces officiels, particulièrement à l’UA, permet aux
membres de la coalition de se faire entendre.
26
En concordance avec la définition qu’en donne Paul Sabatier, l’auteur qui a forgé
cette approche et l’a diffusée, à savoir une configuration ‘d’acteurs provenant d’une
multitude d’institutions […] qui partagent un système de croyances lié à l’action
publique et qui s’engagent dans un effort concerté afin de traduire des éléments de leur
système de croyances en une politique publique’ in Z Scchlager & PA Sabatier ‘Les
approches cognitives de politiques publiques: perspectives’ (2000) 50 Revue Française
de Science Politique 227. Voir aussi PA Sabatier ‘Advocacy coalition framework (ACF)’ in
L Boussaguet et al Dictionnaire des politiques publiques (2004) 40-49.
27
Entretien avec une militante de la coalition SOAWR, Banjul, 20 mars 2014.
28
Entretien avec une membre de WiLDAF/FeDDAF Togo, Addis-Abeba, 20 janvier
2015.
29
Id.