(2017) 1 Annuaire Africain des Droits de l’Homme
115
adopté, il en restait tout autant à faire pour obtenir son entrée en
vigueur’.21
Pour autant, ces organisations ne se mettent pas tout de suite en
mouvement. Une employée de l’antenne d’Égalité maintenant’ à
Nairobi déclarait: ‘durant une année, nous avons juste attendu pour
voir. C’est autour de mai 2004 que nous nous sommes mises ensemble
et avons contacté le bureau du conseiller juridique de la Commission de
l’UA’.22 À cette époque, soit dix mois après son adoption, seul l’État des
Comores a ratifié le Protocole, et encore par inadvertance. Selon cette
même employée ‘les Comores ont ratifié parce qu’ils avaient de
nombreux textes en suspens et qu’ils étaient sous pression de l’UA.
Donc pour résoudre la situation, le Parlement a pris tous les
instruments de l’UA et les a ratifiés, y compris celui sur les femmes.
C’était donc involontaire !’.23
C’est ainsi que lors du sommet des chefs d’État et de gouvernement
de juillet 2004, douze organisations nationales, régionales et
internationales – parmi lesquelles ‘Égalité maintenant’, FEMNET,
Oxfam Grande-Bretagne, WiLDAF/FeDDAF – décident de plaider
conjointement pour l’entrée en vigueur du Protocole: ‘nous avons
décidé de joindre nos forces pour assurer que le Protocole entre en
vigueur le plus rapidement possible. On pensait qu’en se mettant
ensemble pour pousser, on serait capable de convaincre les chefs
d’État’.24 Mais les effets tardent à se faire sentir car jusqu’en septembre
2004, seuls 4 États parmi les 30 qui l’avaient déjà signé, ont ratifié le
Protocole. Il s’agissait des Comores, de la Namibie, du Rwanda et de la
Libye.
C’est dans ce contexte que, lors d’une rencontre organisée à
nouveau par FEMNET à Nairobi en septembre 2004, pour le
renforcement des capacités des organisations de femmes, la coalition
SOAWR est mise en place. C’est ce que relate cette même employée
d0’Égalité maintenant:
FEMNET nous a fourni l’espace en permettant que le dernier jour soit consacré au
Protocole. Toutes les organisations présentes étaient intéressées pour créer une
plate-forme pour plaider et populariser le Protocole en Afrique, pour s’assurer que
les gouvernements ne le mettent pas sur leurs étagères mais qu’au contraire, il soit
utilisé activement, de telle façon qu’il puisse devenir une force de changement.25
Le Protocole constitue dès lors un enjeu crucial pour plusieurs
organisations de défense des droits des femmes, qui élaborent des
arguments et une stratégie qui participent à la construction d’une
21
K Adjamabdo-Johnson ‘The entry into force of the Protocol on the Rights of Women
in Africa: a challenge for Africa and women’ in African Voices on Development and
Social Justice (24 juin 2004) 162 Pambazuka News 108 (traduction de l’auteure).
22
Entretien avec une employée d’Égalité maintenant, 6 mars 2015, siège de SOAWR,
Nairobi (traduction de l’auteure).
23
Id.
24
Id.
25
Id.