112 Guignard/Acteurs non-gouvernementaux et le Protocole de Maputo selon laquelle une révision de la Charte ne suffirait pas à prendre en compte l’ensemble des droits des femmes. À l’issue de la rencontre, la recommandation phare a été de proposer à l’OUA d’élaborer un document additionnel sur les droits des femmes. C’est ainsi que lors de sa dix-septième session ordinaire qui avait succédé au forum (13-22 mars 1995), la Commission africaine a adopté cette recommandation sous la forme d’une résolution. La production normative est ainsi amorcée. Lors de sa trente-et-unième session ordinaire en 1995, l’OUA a adopté la résolution AHG/ Res.240(XXXI) chargeant la Commission africaine de nommer un panel d’experts pour l’élaboration d’un Protocole sur les droits des femmes. Selon le groupe d’experts chargé de la rédaction, l’écriture du texte ne revient pas aux organisations de femmes elles-mêmes. Ce sont des membres de la Commission africaine et des représentants des organisations régionales et internationales, telles que la CIJ et WiLDAF/FeDDAF, qui en élaboreront une première ébauche avant que ne s’ensuive une procédure de consultation des associations de femmes, à travers des ateliers de réflexion, financés majoritairement par les agences de coopération canadienne. Mais le Protocole reste essentiellement, à la fin des années 1990, l’affaire de réseaux internationaux et de juristes militants pour l’égalité entre les sexes. Ces derniers pilotent le projet et participent également au processus d’amendement du texte. En effet, selon les archives consultées, l’ensemble des propositions d’amendements ont été formulées par un cabinet d’avocat Frances Claudia Wright et Yasmin Jusu-Sheriff, basé à Freetown, au Libéria, et quatre organisations de défense des droits des femmes: l’Association des femmes juristes de Côte-d’Ivoire, l’organisation internationale de défense des droits des femmes ‘Égalité maintenant’, Shelter Rights Initiative (SRI) et le Centre africain pour la démocratie et les études sur les droits de l’homme. Ce sont donc ces experts non gouvernementaux, sélectionnés par la Commission africaine sur la base de leur compétence, qui rédigeront le premier projet de Protocole appelé ‘projet 2000’. Si certains membres associatifs peuvent amender le texte, la possibilité pour les représentants d’associations locales d’influencer son contenu même reste limitée. Le secrétariat de l’OUA, sur le point de devenir la Commission de l’UA, reçoit le projet achevé et le groupe d’experts est dissous. 2.2 Quand se rencontrent droit et militantisme Le processus de finalisation du projet de Protocole a connu des aléas au niveau institutionnel, lesquelles difficultés se sont traduites par un retard dans la mise en œuvre des réunions des experts gouvernementaux et des ministres. En effet, les deux réunions dont la tenue était prévue respectivement début 2001 et décembre 2002, n’ont eu lieu finalement que fin 2001 et mars 2003. Ces contraintes n’ont pourtant pas empêché la société civile de s’organiser durant cette

Select target paragraph3