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Guignard/Acteurs non-gouvernementaux et le Protocole de Maputo
de la ‘mise en œuvre’ entendue dans l’approche de politiques publiques
comme un processus comprenant une phase d’évaluation durant
laquelle sont mesurés les effets produits concrètement sur le terrain. Il
ne s’agit pas ici d’évaluer le Protocole en étudiant son impact sur la
réalité sociale, et en particulier sur l’évolution du statut des femmes
dans les sociétés concernées. Le parti pris de cet article est de concevoir
la mise en œuvre comme faisant pleinement partie du cheminement de
la construction de ce texte. Dans cette perspective, le Protocole de
Maputo, loin d’être une entité distincte qui dominerait la société et
tenterait de la réguler depuis l’extérieur, ne peut exister que si des
individus s’en saisissent et l’utilisent. D’où la nécessité de l’étudier à
partir de ses conditions de production aussi bien que des mobilisations
qu’il génère.
À l’issue de cette étude empirique, il est apparu indispensable de
distinguer trois séquences qui engagent trois types d’acteurs différents.
Durant la première séquence, qui correspond à la période allant du vote
de la résolution en 1995 à la présentation du texte à la Conférence des
chefs d’États et de gouvernement de l’UA en 2003, plusieurs
organisations de promotion des droits des femmes suivent la procédure
institutionnelle de son adoption. Cette séquence engage surtout des
professionnels du droit, des experts nationaux et des représentants
d’organisations internationales (partie 1). La deuxième séquence, qui
va de son adoption en 2003 jusqu’à son entrée en vigueur en 2005, se
caractérise par la mise en place de SOAWR – coalition ad hoc de la
cause du Protocole de Maputo conçue initialement pour promouvoir
l’entrée en vigueur et la ratification du Protocole par les États membres
(partie 2). La troisième séquence, de 2005 à aujourd’hui, témoigne des
usages militants qui découlent de l’entrée en vigueur de ce texte. Dans
cette perspective, le droit est appréhendé à travers son potentiel
contestataire en tant que ressource pour les mobilisations en faveur de
l’égalité entre les sexes, y compris dans un contexte transnational
(partie 3).
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MISE À L’AGENDA DE LA QUESTION DES
DROITS DES FEMMES DANS L’ESPACE12
RÉGIONAL AFRICAIN (1995-2003)
Les acteurs associatifs, s’étant intéressés tardivement au Protocole de
Maputo, ont davantage servi de relais plus que d’initiateurs. C’est ainsi
que les dynamiques de mise à l’agenda du Protocole se distinguent du
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Nous parlons ici d’espace car l’amorce du processus d’institutionnalisation des
droits humains sur le continent africain paraît insuffisant pour parler de la constitution
d’un ‘champ’ transnational africain – comme cela a été fait dans le cadre de l’Union
européenne (UE). Nous privilégions par conséquent la notion d’espace régional,
appréhendant celui-ci comme le lieu de tensions, de conflits de valeurs et de rapports de
force entre acteurs. Voir A Mégie et G Sacriste ‘Polilexes : champ juridique européen et
polity communautaire’ (2009) 28 Politique européenne 157; A Cohen & A Vauchez
‘Sociologie politique de l’Europe du droit’ (2010) 60 Revue française de science
politique 223.