L’exercice de la compétence contentieuse de la
Cour africaine des droits de l’homme et des
peuples à l’épreuve de la souveraineté des États
Sakré Kéké*
RÉSUMÉ: Les avancées du système africain de protection des droits de
l’homme se sont matérialisées par la création de la Cour africaine des droits
de l’homme et des peuples. Sur le plan institutionnel, un pas de géant a été
franchi en 2006 avec l’inauguration de la nouvelle instance, dotée de la
compétence contentieuse. Toutefois, s’il est vrai que la Cour apporte une
réponse audible à la question des contentieux relatifs à la violation des droits
de l’homme à l’échelle régionale, il reste qu’elle hérite aussi des obligations
inhérentes à son statut de juridiction internationale. Entre autres, le respect
de la souveraineté des États. L’exercice de la compétence contentieuse de la
Cour pourrait attiser toutes les curiosités juridiques par les normes la
définissant. Outre la ratification du protocole portant création de la Cour, la
reconnaissance de la compétence de la Cour passe par une déclaration
d’acceptation des États africains. Cependant, dans les faits, plus de la
majorité des affaires devant la Cour implique les États, violateurs principaux
des droits et libertés des individus, mais aussi premiers garants du respect
des droits de l’homme. Ce paradoxe est pertinent dans le contexte de la
science juridique et pour la Cour, car « en cas de contestation de savoir si la
Cour est compétente la Cour décide ». De l’arrêt à la décision d’incompétence
en passant par les opinions individuelles, notre analyse, disséquant les
conclusions de la Cour, a pour objectif de mettre en lumière sa ligne
directrice. La Cour, tout en manifestant le désir de ne plus faire de l’Afrique
une terre de non-droit, se veut insistante, voire inflexible sur la souveraineté
des États. Les décisions de la Cour, riches de motivations soutenues et
assorties d’opinions individuelles, permettent de saisir la quintessence de la
confrontation entre compétence et recevabilité, l’esprit des textes et la lettre
dans sa syntaxe, justice internationale et souveraineté des États.
TITLE AND ABSTRACT IN ENGLISH:
The exercise of the contentious jurisdiction of the African Court of Human
and Peoples’ Rights against the sovereignty of states
ABSTRACT: Progress in the African system for human rights protection has
materialised through the establishment of the African Court on Human and Peoples’
Rights. At the institutional level, a giant step was taken in 2006 with the inauguration
of this new body with contentious jurisdiction. However, while it is true that the Court
provides for contentious human rights violations at the regional level, it still has to
have regard for the obligations inherent in its international jurisdictional status,
including respect for the sovereignty of states. The exercise of the contentious
jurisdiction of the Court could stir up all legal complexities. In addition to the
ratification of the Protocol establishing the Court, recognition of the jurisdiction of the
Court requires a declaration of acceptance by African states. However, in fact, most of
*
Doctor in Public Law; sakrekeke@gmail.com
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Sakré Kéké ‘L’exercice de la compétence contentieuse de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples à
l’épreuve de la souveraineté des États’ (2018) 2 Annuaire africain des droits de l’homme 154-178
http://doi.org/10.29053/2523-1367/2018/v2n1a7
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